RENCONTRES
Credit photo : Shoeib Abolhassani
LE DÉLICE DE L’INATTENDU
« Et puis, il y a ceux que l’on croise, que l’on connaît à peine, qui vous disent un mot, une phrase, vous accordent une minute, une demi-heure et changent le cours de votre vie »
Victor Hugo
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C’était il y a quelques années à Paris.
Je me promenais dans le 6ᵉ arrondissement. Je flânais sans but précis, je m’imprégnais de l’ambiance. En plein mois d’août, l’énergie de la ville était différente, détendue, voire nonchalante.
Je croisais des touristes, j’entendais des accents étrangers et j’essayais de deviner leur pays d’origine. Je les observais, leur façon d’être, leur langage corporel, des femmes, des hommes, leurs interactions et j’essayais d’en décoder les codes de la culture de laquelle ils venaient.
Le soleil offrait abondamment ses rayons. J’ai tourné le visage vers cette douce douche enveloppante et bien agréable.
Et puis, j’ai décidé de m’installer sur une terrasse d’un des restaurants du marché Saint-Germain.
J’avais lu quelque part auparavant qu’un jeune chef y proposait de merveilles.
À l’époque, ce genre d’invitation gourmande n’échappait pas à ma curiosité d’explorer et de découvrir un nouveau talent s’exprimer.
La terrasse était bondée. Je m’étais installée et je commençais à peine à prendre mes marques en scannant l’environnement, une dame assez âgée, offrant généreusement son humour pince-sans-rire aux serveurs qui n’avaient pas l’air de l’apprécier, s’est adressée à moi :
“ Vous êtes terminée ! Ça se voit dans votre regard. Vous êtes une intellectuelle. “
Surprise par tant de justesse dans ces quelques mots venant d’une parfaite étrangère, j’ai dû bégayer quelques sons en guise de réponse et essayant de décrypter son intention de m’aborder ainsi.
Nous avons passé ensemble plus de 3 h. Elle avait à l’époque 90 ans. Elle était médecin aventurière partie en Indochine pendant la guerre. Elle a passé une majeure partie de sa vie en Asie. Son fils était d’ailleurs installé à table avec elle. Il dirigeait un hôtel en Indonésie et était de passage à Paris pour rendre visite à sa mère.
De cette délicieuse rencontre je retiens une phrase : « Je suis myope. C’est pour cette raison que je ne vois pas le danger », et une invitation à lire « Le Monde d’hier » de Stefan Zweig, que j’ai aussitôt acheté à la Librairie polonaise de Paris, à quelques pas du marché Saint-Germain.
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Et puis, une autre…
Un jour de printemps, je me promenais dans un bois qui portait un joli nom de forêt des anges.
En osmose avec la Nature, j’appréciais ces instants silencieux de dialogue. J’avais l’impression d’être seule au monde.
Et puis j’ai entendu un son de trompette, puis un autre, puis une belle mélodie que je ne connaissais pas. Mon étonnement était d’autant plus grand que l’auteur de ces sons délicieux à écouter se trouvait à quelques pas de l’endroit où je m’étais installée.
C’était un bel homme âgé, à longue barbe blanche, dont la couleur contrastait harmonieusement avec la couleur or de sa peau.
Après quelques minutes de partage, de curiosité réciproque, de cette rencontre improbable, au cœur d’une forêt, il m’a offert un morceau que j’ai écouté, ébahie, émue.
Ce morceau parlait de la grâce divine….
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LES RENCONTRES
Celles qui sont furtives et intenses.
Celles qui sont programmées, auxquelles nous ne pouvons pas échapper.
Celles qui nous propulsent sur un autre plan de conscience.
Celles qui inspirent, celles qui transforment, celles qui rallument le feu intérieur vacillant.
Celles qui ouvrent en nous un monde auquel nous n’avons pas encore eu accès.
Celles qui scellent à jamais l’union du divin et de l’humain.
La rencontre, le délice de l’inattendu.
R.