DANSER SA VIE
Credit photo : Emilie Blanc
Nous pouvons poser un regard multiple sur la Vie et ce regard est naturellement teintée de notre vision du monde, fluctuante et ponctuée d’illuminations, de temps de réajustement, qui propulsent notre conscience sur des étages supérieurs de nous-même et changent notre perspective, l’angle de vue pour contempler la vie.
Quand je pose le regard sur la danse et la relation que j’ai tissée avec cet art vivant ou plutôt ce que cet art a su transformer en moi et exprimer à travers moi, je vois évoluer, au fil des années, la qualité du lien qui nous unit.
La danse est mon premier langage, inné, spontané. Quand je danse, je me sens parfaitement à ma place, complète, confiante, authentique. Je m’exprime telle que je suis, sans fard, ni paillettes.
Et il n’y pas de règles, de cadre, de mouvement précis à répéter, d’exigence d’en faire quelque chose de beau ou de parfait, juste la liberté de créer avec mon meilleur allié - mon corps, et exprimer à travers le mouvement ma musique intérieure du moment.
Ce lien libre, joyeux et fécond que je ressens aujourd’hui, ne l’était pas à mes débuts d’artiste.
Dans ma jeunesse, elle était mon échappatoire d’une réalité bien trop difficile à supporter pour une hypersensible, non révélée que je reconnais être aujourd’hui. Avec la musique, les vibrations, le mouvement, la rêverie, elle complétait les fondations de mon programme de survie, sur lequel je m’appuyais pour laisser le temps s’écouler, bien trop lentement à mon goût.
La danse m’a appris à vivre, elle m’a obligée à m’ancrer, à être présente, à revenir sur terre, à lester mes pieds et cesser de regarder qu’en direction du ciel, des étoiles, d’un ailleurs.
Mon style de danse a évolué avec l’âge, la maturité et la sagesse, qui s’est progressivement ancrée. Jeune danseuse, fugueuse, indomptable, j’étais dans la maîtrise technique, dans la performance, dans une forme de spectacle qui devait émouvoir le public, dans un jeu de rôles théâtralisé. Et puis le corps a perdu en souplesse, en amplitude de gestes, et s’est enrichi en intimité, en discrétion, en justesse, en simplicité et en liberté.
Mon corps, d’un serviteur est devenu un partenaire, un compagnon de jeu, d’exploration, de révélation, car il m’a fait découvrir ce que je ne savais pas sur moi. Comme si tout mon potentiel y était programmé et c’était à moi de le révéler, de laisser ces capacités nouvelles s’exprimer.
La relation se tisse, la confiance réciproque s’installe et je peux enfin m’y déposer, y ancrer ma sécurité, y puiser ma puissance personnelle enfin assumée.
Ce lien intime avec le corps ne m’a pas été légué en héritage. J’appris avec lui, comme dans une relation de couple, à vivre, à grandir, à évoluer ensemble.
La danse est une parfaite expression du mouvement de la vie.
À chaque changement d’ambiance sonore, de nouveaux mouvements, gestes, élans surgissent. Le rythme change, notre attitude s’adapte, le corps semble renaître et exprimer ce qui est inné.
À chaque étape de notre existence, qui offre un changement d’ambiance, notre réaction peut devenir une création d’un chef d’œuvre jamais achevé, qui continue à être sublimé, complété, transformé, dans un mouvement souple, joyeux et libre, qui honore et célèbre l’Amour et la Vie.
R.